Ambérieu : gouvernement, municipalité, la guerre aux navetteurs est déclarée

C’est un sujet sur lequel nous nous sommes souvent exprimés : 30% de la population active de l’Ain travaille en dehors du département. Ce sont les « navetteurs », ils font l’aller-retour (la navette), chaque jour, entre l’Ain et le département dans lequel ils travaillent.

L’économie de l’Ain est ainsi fortement soutenue par les salaires perçus « ailleurs » mais dépensés localement dans les commerces, les loyers, les services, les taxes et impôts locaux. Une situation d’échange que l’on retrouve dans d’autres départements puisque, au niveau national, les salaires des navetteurs pèsent en moyenne 12% sur une économie locale.

Mais la situation d’Ambérieu est particulière puisque la part des salaires des navetteurs y pèse pour 26% du revenu salarié (contre, par exemple, 6% pour celle d’Oyonnax). L’enjeu de mobilité des salariés est ainsi, sur le bassin d’Ambérieu, un enjeu économique vital.

Or, l’application des différentes réformes du secteur ferroviaire a très fortement dégradé la qualité du service des TER. Nous le signalions ici. Et le découragement des navetteurs a des conséquences concrètes : seulement 27% des trajets de la Plaine de l’Ain vers le Grand Lyon se font en transports en commun (source : Grand Lyon). La grande majorité des navetteurs préfèrent ainsi s’agglutiner aux ralentissements autour de la métropole, notamment dans le « bouchon de l’A42 » que prendre le risque d’arriver régulièrement en retard ou de rater des correspondances.

Un « privilégié » répare une installation par -5°C, à 6h50 du matin, à Ambérieu

C’est dans ce contexte que le gouvernement décide d’accélérer la casse de notre système ferroviaire. Hasard du calendrier, ce mardi 20 mars, le train de fret d’une société privée est tombé en panne à 05h30 entre Ambérieu et Lyon. Une nouvelle matinée de pagaille était ainsi promise aux usagers, du fait direct de la mise en concurrence du transport de marchandises sur notre ligne, et du dumping social et technique que cette concurrence favorise. Voilà qui laisse présager le pire lorsque le transport de voyageurs sera lui aussi privatisé.

Le 20 mars en gare d’Ambérieu

C’est dans ce contexte que Monsieur le maire d’Ambérieu annonce l’instauration du stationnement payant, notamment dans le quartier de la gare (le Progrès du 21/01/18 : « le maire d’Ambérieu a confirmé, lors de ses vœux aux habitants, que les premières zones payantes de la ville seront instaurées pour l’été ou à la rentrée dans le centre-ville comme dans le quartier gare »).

Déjà confrontés aux difficultés de stationnement, soumis aux aléas du trafic SNCF, les quelques navetteurs d’Ambérieu suffisamment courageux pour voyager en train devront s’acquitter d’un droit de stationnement, en sus de leur abonnement TER (un peu plus de 100€ par mois).

La Municipalité d’Ambérieu s’allie donc au Gouvernement dans sa guerre contre les travailleurs navetteurs. Il s’agit de bien les tondre : ils sont captifs car, du fait des prix de l’immobilier dans les métropoles comme Lyon, ils ne déménageront pas. Ils passent dès lors pour de parfaites vaches-à-lait.

Nous plaidons, à la France insoumise, pour porter un autre regard sur la situation des navetteurs. Faciliter leurs déplacements ainsi que leur report sur des transports collectifs et propres est un triple enjeu :

  •  Enjeu économique et social (accès aux gisements d’emploi, 26% du revenu salarié, source de financement local et soutien du commerce),
  •  Enjeu écologique,
  •  Enjeu de conditions de travail, car le transport est le premier risque auquel sont exposés les travailleurs.

Le faible poids que pèse une toute petite ville comme Ambérieu face à Lyon ou à Genève explique en partie le désengagement des politiques locaux à faciliter les déplacements des navetteurs. Le Gouvernement ayant donné le ton des cibles à abattre, ils ne font que lui emboîter le pas. Mais il est possible de se demander si nos édiles sont conscients du problème.

En tout état de cause, la guerre aux navetteurs qui est menée n’est pas une solution pour le développement d’Ambérieu.

 

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