Transports de personnes dans l’Ain : seul notre programme législatif répond aux enjeux

Cette analyse permet d’illustrer objectivement les insuffisances des politiques de transports nationales et régionales, vues du terrain et de la vraie vie. Ces éclairages montrent la hauteur de l’enjeu, tant écologique que social. Il est temps de s’occuper de nos transports, ce dont les sortants se sont montrés incapables. Et, dans cette campagne, notre programme est la seule réponse intelligible. Retrouvez notre livret thématique ici : https://avenirencommun.fr/le-livret-transports/.

 

Les déplacements de personnes dans l’Ain : quand les faits contredisent les sortants

Les déplacements des personnes, ce n’est pas qu’une simple question d’aménagement du territoire. Évoquer ce sujet, c’est à la fois parler d’écologie, d’égalité sociale et de conditions de travail. Et ces trois termes sont difficiles à réconcilier. Trouver un travail ou accéder aux différents services nécessite en effet d’être mobile, et cette mobilité doit être de qualité, notamment pour ne pas dégrader le trajet domicile – travail. Mais nous sommes tous conscients que la mobilité est l’une des principales causes de pollution, surtout lorsque nous privilégions la voiture personnelle, par choix ou par nécessité.

Le visage de l’Ain influe sur la demande de déplacements

La population qui se déplace dans l’Ain est une population ouvrière et de classe moyenne, dont l’activité est directement ou indirectement liée à l’industrie. En effet,

  • L’Ain est le quatrième département le plus industrialisé de France : 1/4 de l’emploi est industriel et plus d’1/3 des salariés sont ouvriers,
  • 4 pôles d’excellence sont présents sur le territoire : le Parc Industriel de la Plaine de l’Ain, le Technopole Alimentec à Bourg-en-Bresse, le Pôle Européen de la plasturgie à Oyonnax (10% de la production nationale) et le Technoparc du Pays de Gex,
  • Le département connaît un taux de pauvreté inférieur aux niveaux régionaux et nationaux, mais se distingue par un niveau de vie médian relativement faible (8905euros/an).

Les déplacements, quelle qu’en soit leur nature, sont très concentrés à l’intérieur du département :

  • 3/4 des déplacements se font dans le département
  • 1/3 des déplacements se font dans la commune

Déplacement dans l’Ain – Source : Conseil Général de l’Ain

 

Les besoins en déplacements sont localisés le long des principaux axes routiers, qui « structurent » et irriguent le département, notamment l’axe Lyon-Ambérieu-Pont d’Ain-Bourg, l’axe Bourg-Oyonnax et la couronne de Genève.

Besoins en déplacement – Source INSEE

 

L’accès aux services supérieurs (lycée, hôpital, …) est un problème dans l’Ain

Dans notre département, aucun ménage n’est éloigné des services de proximité essentiels (école élémentaire, boulangerie, médecin généraliste), mais les services intermédiaires et supérieurs sont concentrés :

  • Seules 7% des communes sont des pôles intermédiaires (collège, supermarché, laboratoire d’analyse médicale) contre 11% à l’échelle régionale.
  • Seules 5 communes de l’Ain sont des pôles de services supérieurs (lycée, hypermarché, hôpital…) soit 1 % des communes, contre 3 % à l’échelle régionale : Ambérieu-en-Bugey, Bellegarde-sur-Valserine, Belley, Bourg-en-Bresse et Oyonnax.

En résultat, selon l’INSEE, les communes de l’Ain sont situées en moyenne à 20 minutes d’un pôle de service intermédiaires et à 31 minutes de pôles de services supérieurs. Ces moyennes cachent évidemment des disparités, et nous pouvons nous demander comment rapprocher les services des citoyens autrement qu’en les relocalisant dans les zones les plus désertes. En effet, on ne voit pas bien quel mode de transport alternatif pourrait remplacer la demi-heure de voiture nécessaire (en moyenne !) pour accéder à un hypermarché ou un hôpital.

Le réseau Car.Ain.fr se structure mais son impact reste anecdotique en dehors des scolaires

Selon le Conseil Départemental (source : site internet), la fréquentation globale sur le réseau car.ain.fr est de 4,7 millions de voyages par an 36 lignes, pour 200 communes desservies.

Hors scolaires, entre septembre 2012 et août 2013, 760.000 voyages ont été enregistrés soit 9% de plus sur un an, et 52% de plus par rapport au lancement en 2009. Ces bons résultats montrent un réseau qui se structure et qui commencer à rencontrer un public. Toutefois, ils ne doivent pas cacher que l’usage du car demeure anecdotique à l’échelle du département :

  • 85% des usagers effectuent des trajets réguliers. Or, un réseau performant peut aussi convaincre les usagers pour leurs trajets non réguliers,
  • Les trajets domicile-travail représentent 27% des motifs de déplacement, soit environ 100.000 aller-retour par an ce qui ne doit représenter que peu ou prou 500 personnes utilisatrices du car pour se rendre au travail.

En résultat, l’Ain est un département « tout voiture » en voie d’engorgement…

De l’aveu du Conseil Général, dans son diagnostic territorial de 2011 : « le système multipolaire de l’Ain n’est pas propice au développement des transports en commun et explique qu’aujourd’hui la majeure partie des déplacements s’effectue en voiture ».

L’unique étude complète à laquelle nous avons eu accès sur ce sujet concerne la périphérie de l’agglomération lyonnaise : Dombes, Plaine de l’Ain et Plaine Côtière :

  • 73,1 % des déplacements des habitants du secteur Dombes-Plaine de l’Ain et 76,3 % de ceux du secteur Plaine-Côtière s’effectuent en voiture,
  • Respectivement 6,4 % et 6,3 % des déplacements se font avec les transports en commun.

Pour ce qui est des trajets domicile-travail des habitants de l’Ain, ils se font à 81,4% en voiture, camion ou fourgonnette, selon l’INSEE.

En conséquence, le trafic sur les routes départementales est important et en constante augmentation, avec une croissance d’environ 2% par an depuis 2009. Sur les autoroutes A40, A42, A404 le trafic progresse de plus de 3 % par an sur une majorité de portions. La sortie du département en heures de pointe est en outre très difficile vers Lyon et Genève, bien qu’il soit plutôt fluide dans le département lui-même.

Cette situation ne pourra que s’aggraver avec l’augmentation rapide du parc automobile : entre 1999 et 2008, le nombre de ménages a augmenté de 18 %, le nombre de ceux possédant au moins une voiture a augmenté de 21 %, et le nombre de ceux possédant au moins deux voitures de 31 %. 89,7 % des ménages de l’Ain possèdent au moins une voiture (83,7 % en Rhône-Alpes), et 45,8 % au moins deux voitures (37,2 % en Rhône-Alpes).

 

…Et la voiture pollue

Les déplacements des personnes représentent 23% des émissions de gaz à effet de serre du département, surpassant tous les autres postes : chauffage résidentiel (16%), alimentation de la population du département (14%), agriculture (13%), industrie (12%), transport de marchandise (11%), etc.

Par ailleurs, l’Ain émet 10,5 tonnes de gaz à effets de serre par habitant et par an, soit 4 tonnes de plus que la moyenne de la population française.

 

Les flux domicile-travail se font vers l’Ain, Lyon et Genève

62% des flux domicile travail sont internes au Département. 4 pôles se distinguent :

  • L’agglomération de Bourg-en-Bresse (22% des flux)
  • La Plaine de l’Ain (11%)
  • Oyonnax – Plastic Vallée (9%)
  • Pays de Gex (9%)

83.000 actifs résident dans l’Ain et travaillent à l’extérieur du Département. 2 pôles se distinguent :

  • L’agglomération de Lyon (38% des flux) ;
  • Le Canton de Genève, du Pays de Gex à Bellegarde (30%).

En résumé, Lyon et Genève concentrent 1/4 des déplacements domicile-travail des habitants de l’Ain.

Principales destinations domicile-travail des actifs de l’Ain

 

Les flux sortants domicile-travail : un enjeu fort de l’économie résidentielle de l’Ain, mais négligé dans les politiques régionales

30% de la population active de l’Ain travaille en dehors du département, ce sont les « navetteurs ». Les salaires ainsi perçus « ailleurs » mais dépensés localement pèsent pour beaucoup sur l’économie du département. Quand, au niveau national les salaires des navetteurs pèsent en moyenne 12% sur une économie locale, dans l’Ain c’est :

  • 38% pour la zone d’emploi du genevois français,
  • 26% pour celle d’Ambérieu-en-Bugey,
  • 16% pour celle de Bourg-en-Bresse,
  • Contre 6% pour celle d’Oyonnax, seule bassin nettement productif du département.

Pourtant, à titre d’exemple, concernant l’irrigation du bassin d’emploi lyonnais par le TER (10.700 voyageurs par jours sur la ligne Culoz-Bellegarde-Ambérieu-Lyon et 8.000 voyageurs par jours sur la ligne Bourg-Lyon) :

  • La régularité du TER Ambérieu-Lyon ne dépasse le 90% qu’en aout, avec une moyenne de 2 retards par semaine de travail et régulièrement des situations très dégradées.
  • La régularité du TER Bourg-Lyon est en moyenne de 88% (1,2 retard par semaine de travail), avec un problème récurrent de surcharge (plusieurs trains chargés à plus de 100%).
  • La situation d’engorgement des gares lyonnaises impacte les navetteurs aux heures de pointe.

Le découragement des navetteurs a des conséquences concrètes : seulement 27% des trajets de la Plaine de l’Ain vers le Grand Lyon se font en transports en commun (source Grand Lyon). Aussi, faciliter le déplacement des navetteurs est un enjeu important pour l’Ain :

  • Enjeu économique et social (accès aux gisements d’emploi),
  • Enjeu écologique (30% de la population active, sur des parcours longs),
  • Enjeu de conditions de travail / qualité de vie au travail, car le transport est le premier risque auquel sont exposés les travailleurs.

Le faible poids que pèse le département dans la Région, ou encore face à Genève, expliquent en partie ce désengagement des politiques à faciliter les déplacements des navetteurs. Mais il est possible de se demander si les politiques locaux sont conscients du problème :

  • Difficulté de sortir de certains bassins confinés (Oyonnax) autrement qu’en voiture,
  • Rabattement de la voiture sur le train difficile et éventuellement payant dans le futur (Ambérieu),
  • Absence ou inadéquation des intermodalités,

En tout état de cause, la guerre à la voiture n’est pas, à court terme, une solution pour l’Ain.

 

Les axes de travail du département, que l’Etat laisse se débrouiller seul et sans moyens, sont logiquement indigents

Face à un tel diagnostic, les axes de travail identifiés par le département dans son schéma de mobilité 2014 font triste figure :

  • Un « plan vélo » (pour qui et pour aller où ?),
  • Une « plateforme mobilité » pour le département, via un outil web pour :
    • Favoriser le covoiturage régulier,
    • Favoriser l’autostop organisé (points de stop),
    • Favoriser l’autopartage,
  • Développement du transport départemental (renforts sur certaines lignes de cars),
  • Action au niveau régional (quelle action ?) pour un renforcement de certaines lignes, notamment
    • Bourg-en-Bresse Ambérieu-en-Bugey (plutôt en bus),
    • Bourg-en-Bresse Oyonnax (en train).

 

En synthèse

  • Si l’offre de transports en commun locaux se structure pour absorber une partie des déplacements (3/4 internes), elle demeure complexe à mettre en œuvre dans le contexte « multipolaire » du département et la diversité des situations, notamment géographique. La relocalisation de certains services est-elle envisagée comme une solution possible ?
  • Le tout-voiture est actuellement la règle, et dans de grandes proportions.
    • L’impact social est important puisque l’accès à l’emploi et aux services supérieurs est conditionné à la possession d’un véhicule pour sortir de son « pôle de résidence »,
    • L’impact écologique est également très fort, les habitants de l’Ain rejetant 1,7 fois plus de gaz à effet de serre que la moyenne française.
  • L’économie de l’Ain présente une forte composante résidentielle, faisant du déplacement des 83.000 navetteurs un enjeu important, tant du point de vue économique et social qu’écologique,
    • Mais les transports en commun ne sont pas suffisamment attractifs et sont gérés à un niveau régional, dans lequel l’Ain pèse peu quantitativement.
    • Et ils ne dispensent généralement pas de la possession d’une voiture et l’intermodalité est peu développée.

On le voit, dès lors que l’on sort du format « grand-messe » d’une COP21 pour revenir à l’échelle locale, les solutions les plus réalistes à court terme aux problèmes de déplacements des personnes apparaissent nettement :

  • Relocaliser les services,
  • Développer et fiabiliser le train (le mode d’accès à Genève et à Lyon le plus réaliste à court terme),
  • Faciliter l’intermodalité, notamment en aménageant des parkings à proximité des gares de TER, éventuellement en ajoutant de nouveaux arrêts au format parking relais.

Bizarrement, les décisions et orientations prises depuis plusieurs années vont pour la plupart dans le sens contraire de ces préconisations :

  • Concentrer les services (hôpital, tribunal, réforme territoriale, …)
  • Délaisser le train pour le bus (Loi Macron), miser sur le tout-TGV au détriment du TER et de l’intercité, persévérer dans la réforme ferroviaire européenne,
  • Privatiser le stationnement et fermer des gares.

 

Notre programme est la seule réponse intelligible aux questions locales de transports. Retrouvez notre livret thématique ici : https://avenirencommun.fr/le-livret-transports/