Leur « vision écologique » : dans la plaine de l’Ain, avec les poubelles à puces, on a déjà donné

Nombreux sont les amis, au sein de Bugey insoumis, qui ont participé en 2011-2012 à la lutte contre le projet de « poubelles à puces » de la communauté de communes de la plaine de l’Ain (CCPA). Des avancées avaient été obtenues, mais le projet avait été maintenu dans les conditions que chacun connaît (et respire) dans les localités concernées.

Les importantes personnes qui nous gouvernent n’ont, en matière d’écologie, qu’un seul logiciel : le « pollueur = payeur ». Séduisant en première lecture, ce concept est en fait tout à fait inadapté à la situation. Il ne permet pas de réconcilier l’urgence écologique et sociale, comme de nombreux articles du blog du collectif contre les poubelles à puces le montraient à l’époque.

Une solution comme celle de la facturation du traitement des déchets en fonction du nombre de levées (plus je présente ma poubelle au ramassage, plus je paye), ne règle en effet aucun problème.

  • Elle ne réduit pas le nombre de déchets mais se contente de mieux orienter le tri sélectif (ce qui est une bonne chose, mais on peut le faire pour moins cher).
  • Elle fait porter la totalité de l’effort sur le dernier maillon de la chaîne (le consommateur). Or, il est celui qui a le moins de leviers pour diminuer les déchets ultimes ou les emballages.
  • Faire viser aux citoyens l’objectif d’une levée par mois pose des problèmes sanitaires. Tout le monde ne peut pas stocker un mois de déchets sans être incommodé par les odeurs.
  •  Aucune politique publique n’est envisagée pour réduire les déchets. Lors du Grenelle de l’environnement, les industriels se sont engagés à les réduire, en 5 ans, de l’équivalent de 1 bouchon de bouteille par personne et par jour, ce qui était un objectif ridicule qui n’a même pas été atteint.
  • Chères à mettre en œuvre et à maintenir, les techniques qui accompagnent la taxe (pesée embarquée, ordinateur de bord, puces dans les poubelles…) deviennent impossibles à rentabiliser si la quantité de déchets diminue. Donc si l’on réduit les déchets, il devient obligatoire d’augmenter la part fixe de la taxe pour financer tous les investissements. Et l’on parle de supprimer la taxe d’habitation !
  • Les techniques mises en œuvres ne sont pas que chères, elles sont aussi complexes et fragiles. On sait bien ce que l’informatique industrielle génère comme coûts de maintenance. La CCPA a choisi un « grand machin » bien compliqué… et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. L’écologie, c’est en outre la sobriété. Y compris la sobriété administrative. Un bon impôt est un impôt simple. Tous ceux qui demandent à leur commune ou à l’État de faire des efforts de productivité devraient s’interroger sérieusement sur l’opportunité de se mettre à compter ou à peser les poubelles
  • La taxe proposée par la CCPA n’incite pas à réduire les déchets, mais est une taxe sur les familles nombreuses. Une famille de 3 personnes peut jeter, pour un prix égal, trois fois plus de déchets par personne qu’une famille de 5 personnes (détail du calcul sur le blog).
  • Les problèmes de l’habitat collectif sont nombreux, et notamment pour les personnes à revenu modeste.
  • Tout le monde s’accorde à dire que la tarification « classique », basée sur la valeur locative du logement, n’est pas adaptée. Cependant, comme le souligne la CCPA sur son site internet, les personnes seules dans une grande maison payeront moins, et les personnes nombreuses dans un petit logement payeront plus. Est-ce cela la justice ?
  • Aucune mesure collective n’est proposée : composteurs publics, amélioration du maillage des points de collecte sélective… Le marché de l’équipement, remporté par Plastic Omnium, s’élève à 2,6 millions d’euros. Avec des sommes moindres, on peut envisager des mesures plus efficaces. D’autant plus que le maillage en points de collecte sélective s’avère dramatique en certaines zones de la CCPA.
  • La redevance incitative est une démarche d’individualisation, de marchandisation, de méfiance : la collecte des déchets devient un service payant, la propriété privée des poubelles est réaffirmée, la collectivité abandonne l’espoir que les citoyens adoptent des comportements vertueux et s’en remet à l’argent pour réguler ses affaires de déchets.
  • Dans l’Ain comme partout en France, la mise en place de la taxe concorde avec la mise en route d’unités de traitement et de méthanisation. La Cour Régionale des Comptes souligne que la réduction des déchets (notamment déchets verts et putrescibles) peut obérer la rentabilité de ces unités. Dans ce cas, les citoyens devront de nouveau mettre la main à la poche pour amortir ces investissements (tout en ayant supporté la mise en place de la taxe et réduit leurs déchets !).

D’une manière générale, le principe de la taxe : pollueur = payeur, est un principe de réparation. La prévention (réduction à la source) est plus valable. Faire payer le mésusage est également une meilleure pratique. Nous faisons des propositions qui vont dans ce sens, nous les détaillerons au cours de la campagne.

L’effort doit être porté par tous les acteurs. Nous disons que les collectivités locales peuvent agir sur les distributeurs (super et hypermarchés) pour des résultats plus probants et plus immédiats qu’avec la taxe : instauration de la récupération des emballages en sortie de caisse (comme en Allemagne), généralisation de la vente « en vrac », restauration de la vente à la coupe (fromage, viande…) etc. Les distributeurs ne sont pas des acteurs économiques découplés de la réalité locale. On leur construit bien des rond-points et on déneige bien leurs accès. Nous ne voulons plus des personnes qui se présentent aux élections « pour ne rien faire ».

2 Comments

  1. Je souscris à l’ensemble de cette analyse. J’avais avancé les mêmes arguments à charge, lors de la mise en place de la REOMi dans ma communauté de commune (de 2009 à 2012).
    Je complèterai par la pollution supplémentaire engendrée par :
    – l’augmentation du trafic automobile dus aux apports individuels en déchèterie, car, dans ma communauté de communes, les déchets déposés en déchèterie ne sont pas facturés individuellement.
    – l’augmentaton des décharges sauvages et de l’incinération des déchets dans les jardins.

    Bertrand DUNOS, Conseiller municipal d’opposition à Ballancourt sur Essonne (91610) et Conseiller communautaire (d’opposition) à la CCVE

  2. Pour mémoire ( si celle ci est bonne..) ce dispositif a été mis en place, dans l’Ain, suite à la visite de Sarkozy à son copain directeur de la société Plastic Omnium, laquelle société fabrique les poubelles et s’occupe de leurs gestion…..
    A qui profite le crime ?

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