Lyon – Turin, un avatar du vieux monde

Le projet de nouvelle ligne ferroviaire entre Lyon et Turin est un avatar du vieux monde en train de s’effondrer sous nos yeux. L’idée de départ peut sembler positive : relier les deux métropoles par la grande vitesse et transporter des marchandises en train plutôt qu’en camion, au travers des vallées alpines. Mais c’est un trompe l’œil.

Un projet d’affairistes

Le précédent gouvernement a persisté à vouloir engager la France dans cet investissement hasardeux dont le budget abyssal entre 26 et 34 milliards d’euros a été multiplié par 6 depuis sa première évaluation. Ce, alors que

  •     Le trafic a été largement surévalué par la commission d’enquête.
  •     Des conflits d’intérêts (de certains enquêteurs) ont été montrés.
  •     La mafia est infiltrée dans le projet (voir la vidéo en fin de cette note).
  •     Des mouvements financiers douteux et juteux font craindre des manœuvres d’enrichissement illégales.
  •     La Cours des Comptes a épinglé un pilotage du projet qui « ne répond pas aux exigences de rigueur nécessaires dans la conduite d’un projet d’infrastructure de cette ampleur et de cette complexité. » (Cour des Comptes, référé du 1er août 2012).
  •     L’impact écologique désastreux du chantier a été démontré (1500 hectares de terre sacrifiés, gaspillage d’une quantité d’eau équivalente à la consommation d’un million d’habitants, …), comme l’ont été les menaces sur la santé publique (émissions de particules fines, prolifération de poussières nocives, …).

Un trafic de fret en baisse et une infrastructure actuelle sous-utilisée

Mais le trafic de marchandise entre Lyon et Turin est en baisse continue : pour la route, le tonnage en fret est passé de 25,7 m.tonnes en 1999 à 17,7 m.tonnes en 2009 soit une baisse de 8 millions de tonnes. Pour le rail, le tonnage est passé de 8,4 m.tonnes en 1999 à 2,4 m.tonnes en 2009 soit une baisse de 6 millions de tonnes.

Dans le même temps, la voie actuelle a été remise dans le gabarit B1 et peut désormais transporter du fret à plus grande échelle et du ferroutage. Elle est largement sous-utilisée, notamment par le premier transporteur routier de marchandises qu’est la SNCF via ses différentes filiales.  De plus,  l’ouverture des tunnels suisses du Loechberg et du Gothard captera encore une partie du trafic transalpin, une réduction  de 20% dans les tunnels du Mont blanc et du Fréjus est attendue.

Commençons par utiliser les voies actuelles, avant de créer une nouvelle ligne !

Le trafic de voyageurs n’y gagne presque rien, au détriment de notre TER

La nouvelle ligne de chemins de fer passager ne serait pas à grande vitesse, car presque entièrement en tunnel et avec des contraintes spéciales. L’étude présentée par Chemins de Fer italiens admet que la vitesse maximale sera de 220 km/h, avec des traits de 160 à 120 Km/h. Le gain de temps de cette nouvelle  ligne serait de seulement 60 minutes (1 h40 au lieu de 2 h40 ). Pour ce modeste résultat, l’Italie et la France devraient dépenser 34 milliards d’euros. La connexion entre Paris et Milan, par l’intermédiaire de Turin, n’apparaît pas plus économique. Les chemins de fer italiens ont déclaré, dès janvier 2011, qu’ils choisiraient pour cet axe la « ligne des Carpates » inaugurée en 2010, et qui permet de rejoindre Genève, puis le Valais, le Simplon et Milan, plus directement que par un détour par Lyon.

Le budget colossal englouti par ce projet pourrait financer le report modal d’une partie du trafic sur la voie existante, notamment au départ d’Ambérieu qui possède une infrastructure en partie opérationnelle, ainsi que le développement des TER. Notre note sur les transports dans l’Ain montre l’urgence de la situation.

A ce sujet, des associations comme les Amis de la Terre proposent en vain des solutions concrètes pour le développement des trains du quotidien et du fret ferroviaire, mais nos élus préfèrent les dépenses pharaoniques qui ne font que creuser la dette publique en même temps que des tunnels de reconnaissance à fond perdu.

La caravane passe…

L’enquête commandée par le gouvernement français à la Direction Générale des Ponts et Chaussées, et déposée au Parlement en mai 2003, montrait déjà que le projet n’était pas viable. Tous les arguments sont sur la table depuis cette date, portés par des associations de terrain (écologiques, usagers, acteurs économiques, …). Les gouvernements précédents ne se sont en rien préoccupés du développement du fret, qui est, aux dires de la commission d’enquête du Sénat, en état de mort clinique. Et, rappelons-le, les travaux réalisés sur la ligne actuelle n’ont pas été suivis d’effets en matière de report modal. Mais nos édiles persistent et signent, le grand barnum du Lyon-Turin continue sa route.

Nous mettrons fin aux grands projets inutiles

Quelques métropoles reliées entre elles par le TGV et tant pis pour le reste du pays. C’est la ligne appliquée en matière d’aménagement du territoire depuis des années. Bilan : des territoires ruraux et des petites villes abandonnés, des métropoles explosées entre ghettos de riches et quartiers pauvres. Remettons de l’ordre et de la justice dans l’organisation du pays. Notre volonté est d’arrêter les grands projets inutiles, comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou la ligne Lyon-Turin, pour réaffecter les moyens à la prise en compte des besoin quotidiens des gens.

 

 

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