Le roi est nu (une année électorale s’achève)

Le bilan

Nous avons déjà partagé l’analyse selon laquelle le mouvement En Marche ! est une tentative réussie de réconcilier les classes aisées, par-delà des clivages ou postures, autour de la conquête du pouvoir. Le véritable tour de force de Macron aura ainsi été de fédérer les 15% de l’électorat que l’on qualifie souvent de vainqueur de la mondialisation, alors que la « gauche de gouvernent » était devenu inaudible et la que la « droite traditionnelle » s’était disqualifiée.

 

 

Cette gauche et cette droite ont perdu tout crédit par leur incapacité à nommer et à régler les  problèmes : la mondialisation libre-échangiste facteur de chômage de masse, la perte de souveraineté des peuples, la dérégulation de tous les compartiments de la vie, l’urgence écologique. Dans cette débâcle, la France insoumise a su rassembler 7 millions de citoyens lors de l’élection présidentielle, mais n’a pas remobilisé ses électeurs potentiels pour le scrutin législatif. Le Front National non plus (et c’est tant mieux), alors que les Républicains ont pu compter sur leur électorat âgé et conservateur pour préserver une capacité d’action parlementaire.

On tente désormais de nous vendre une explication fallacieuse du résultat de la période électorale qui s’achève. On nous dit en effet que « la France qui s’ouvre » aurait gagné sur « la France qui se ferme ». C’est une très mauvaise analyse, outre qu’elle est insultante et repose – comme la majorité du discours macronien – sur un slogan dénué de sens.

 

 

L’absence du peuple

Cette explication fait en effet l’économie du seul constat qui s’impose : l’absence du peuple dans le processus qui vient de s’achever. Il a déserté le scrutin législatif, et il n’a jamais été aussi peu représenté sur les bancs de l’Assemblée, où la prétendue « vague » En Marche ! a réduit à néant la faible représentation des couches populaires au Parlement.

En outre, Macron sait très bien jouer des rouages de la 5e République. Il a construit une Assemblée de godillots qui ont déjà abdiqué toute discussion sur les textes qu’il présentera. Il a réduit l’équipe gouvernementale et construit pour la contrôler une technostructure solide. La politique de Macron se fera depuis l’Elysée, et elle s’appuiera sur des « technos » essentiellement issus des cercles libéraux. Déjà pour de Gaulle, le Parlement n’était qu’une simple chambre d’enregistrement, et c’est bien comme cela que le nouveau président compte le traiter : des députés anonymes et qui le resteront, recrutés sur CV pour un CDD de 5 ans. Exit le peuple, et exit la représentation du peuple. Les médias, détenus à 90% par 9 milliardaires acquis à la cause, se chargeront de rendre le tableau attractif.

 

 

La seule question qui se pose à présent est donc la suivante : peut-on durablement gouverner sans le peuple et contre le peuple ? Macron arrivera-t-il, sans la légitimité d’un vote populaire, à appliquer son programme ? C’est-à-dire, si on le lit bien :

  • Privatiser la Sécurité Sociale, l’un des principaux biens communs de la Nation ?
  • Déposséder les salariés de leur droit de regard sur la protection sociale (conséquence de la baisse des « charges » salariales), pour confier toute sa gestion au MEDEF et au gouvernement ?
  • Mettre fin au CDI, tellement nécessaire au quotidien pour trouver un logement ou accéder au prêt bancaire ?
  • Inverser la hiérarchie des normes en faisant porter aux salariés eux-mêmes la responsabilité du dumping social à l’intérieur des branches ?
  • Inclure la force de dissuasion nucléaire nationale dans une coalition aventureuse comme l’OTAN ?
  • Faire rentrer l’état d’urgence dans le droit commun ?
  • Poursuivre une politique de l’offre stupide qui n’a marché nulle part ?
  • Ignorer l’urgence climatique en ne proposant que l’issue du « capitalisme vert » dont on sait qu’elle est une impasse ?
  • Etc.

Pour nous, la réponse est non. La France n’entend pas devenir la Grèce.

Aussi, l’urgence de construire une force d’opposition humaniste, écologique et sociale est la plus vive. Macron pourrait être le président qui mènera la France au chaos et/ou qui portera, si nous ne réagissons pas, l’extrême droite au pouvoir. Toute notre action doit se tourner vers cette construction, et nous appelons toutes les forces populaires à s’unir pour construire une alternative crédible et humaniste.

Le nouveau cadre « France insoumise »

La France insoumise propose pour cela un cadre hors parti ou, plutôt, hors des structures partisanes qui finissent toujours par ne travailler que pour elles-mêmes. Elle n’est pas une bureaucratie, elle est un mouvement et une ad’hocratie : chacun.e reçoit pour un temps donné le mandat d’agir sur tel ou tel point, parce qu’il ou elle est la personne la plus qualifiée pour le faire. Pas de hiérarchie chez nous, pas de comités zébulon, mais un programme solide et un collectif soudé qui ne demande que l’honneur de se rendre utile aux autres.

Les décisions sont collégiales, et si elles nécessitent d’être consolidées au niveau national, nous nous donnons des mandats uniques. Nous nous reposons sur des outils comme les logiciels libres, qui favorisent la coopération entre toutes nos ressources (groupes d’appuis, experts, discord insoumis, …)

Nous sommes conscients des problèmes que notre fonctionnement pose à d’autres organisations, qui ont des bâtiments à payer, des administrations internes à faire vivre et des carrières personnelles à assurer. Mais cette forme d’organisation a permis, en un an à peine, de recueillir 20% des voix à l’élection présidentielle et de constituer un groupe parlementaire d’une vingtaine de députés signataires de notre charte.

 

 

C’est cette organisation que nous allons désormais mettre au service du front social afin que pas un seul mètre de terrain ne soit cédé, en matière de droits sociaux, sans la plus ardente des oppositions.

Rejoignez cette lutte en nous contactant (page « contact » de ce blog). Rien d’autre ne vous sera demandé que ce que vous savez faire, et ce que vous proposez de faire.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire