C’est contre le peuple qu’ils construisent un rempart

 

Vous avez dit rempart ?

De l’avis général, les périls montent partout dans l’Europe et dans le monde. L’épisode brésilien en est une preuve indiscutable, après ceux de Hongrie, de Pologne ou même d’Italie. Avec un FN qui se maintient haut dans les élections et les sondages, la France pourrait elle-même sombrer dans le chaos. C’est également le cas de l’Allemagne, où l’AfD menace.

La stratégie politique de tous les acteurs politiques est dès lors d’être perçu comme le dernier rempart contre la tyrannie. Toute honte bue, les marcheurs font à ce titre financer par la population un clip de propagande pour leur champion, le chanoine du Latran, dans la course aux élections européennes.

Mais notre lumineuse élite lobbyiste oublie un détail : il faudrait d’abord définir ce contre quoi elle s’érige en rempart. Sa campagne est discutable non seulement sur le plan éthique (le financement public d’un clip de propagande), mais aussi sur le plan politique. La dérive du continent vers l’extrême droite n’est-elle pas en effet le produit de 30 ans de politique libérale, de construction européenne, d’austérité et de déconstruction de la souveraineté populaire ? Les marcheurs peuvent-ils légitimement se présenter comme des remparts contre eux-mêmes et contre le produit de leur politique ?

 

Un rempart contre le peuple

Cette histoire remonte à loin, le macronisme n’est pas une idéologie nouvelle. Citons, dans désordre, quelques faits qui éclairent de quoi est bâti leur rempart-contre-la-tyrannie :

  • Le 16 décembre 2016, Philippe Christmann, syndicaliste CGT-Construction, est condamné à une amende de 500 euros et à payer 17 000 euros à la Fédération française patronale du Bâtiment (FPB) au titre du préjudice subi, à savoir : jet de confettis au cours d’une manifestation.
  • Durant la COP21, 24 militants écologistes ont été assignés à résidence dans toute la France en vertu de l’état d’urgence.
  • Dans un communiqué du 17/01/2017, Amnesty international s’émouvait de constater que moins de 1 % des perquisitions de domiciles menées entre novembre 2015 et février 2016 (plus de 3000) avaient donné lieu, au regard de la législation française, à des chefs d’accusation pour activités à caractère terroriste, ce qui révèle à quel point cette mesure était disproportionnée.
  • L’article 58 ter de la loi ELAN (2018) criminalise et met à la merci d’une expulsion sans jugement des dizaines de milliers d’habitants, et leur supprime la trêve hivernale, y compris Les habitants victimes d’une escroquerie au faux bail ou les locataires exploités par des marchands de sommeil.
  • Ce mardi 16 octobre 2018, le tribunal de Bar-le-Duc a jugé en absence et par défaut le militant et journaliste Gaspard d’Allens pour son activité à Bure. Il n’a pourtant jamais été informé qu’un procès le concernait, ne connaissait pas les accusations portées contre lui, et n’avait ainsi pas pris d’avocat.
  • Les comités hygiène et sécurité disparaissent de presque toutes les entreprises depuis les ordonnances Macron, qui réduisent les moyens syndicaux. On apprend récemment que la taxation des activités sociales et culturelles des comités d’entreprise serait dans les tuyaux. Après la mise en œuvre d’un Code du travail par entreprise et l’inversion de la hiérarchie des normes, les représentants du personnel n’ont plus aucune emprise sur les conditions de travail ou les orientations stratégiques.
  • Le groupe Total vient d’obtenir le droit d’explorer dans les eaux territoriales de la Guyane, en dépit d’une enquête publique aux résultats défavorables et d’une incapacité de la France à se mettre en conformité avec ses engagements pris dans l’accord de Paris. Dans le même temps, l’état fustige et matraque les ménages qui utilisent leur voiture pour aller travailler, en l’absence de politique de transports publics. Les TER, et nous le savons mieux que les autres ici, ont par exemple été sacrifiés au profit des TGV « business ».

Faut-il en rajouter ? convoquer le traité de Lisbonne qui s’est assis sur le vote de 2005 ? évoquer les récentes perquisitions dans le principal parti d’opposition ?

De fait, le rempart qu’érigent les marcheurs est un rempart contre tout ce qui vise à défendre l’écosystème, la sécurité sociale, les solidarités ou le droit du travail. Ce qu’ils veulent contenir n’est autre que la prétention des classes modestes et moyennes à ne pas se soumettre au marché, à la loi des bénéfices et de la concurrence libre et non faussée.

Dans ce contexte, sur quoi ou sur qui nous appuyer ?

A l’occasion d’une campagne sans précédent de mensonges et de judiciarisation médiatique, qui se révèle au fil des semaines comme un torrent de boue déversé sur la France insoumise, des citoyens s’interrogent. Cela est légitime, et compréhensible lorsque l’on a pour s’informer que la seule parole de l’immonde Barbier de BFM-TV ou la cellule « investigation » de France info, dont le directeur à temps partiel fait vivre, à côté de son emploi public grassement rémunéré, une entreprise privée de communication qui conseille nos adversaires politiques.

Puisque le champ lexical dominant est celui du rempart-à-construire, posons-nous la question : si la France insoumise tombe, que restera-t-il pour défendre, dans le champ politique, une vision sociale, laïque, humaniste, écologique et pacifiste de la société ? Personne. Qui défendra, au sein des assemblées, les cheminots, les hospitaliers, les syndicalistes, les militants écologistes, les promoteurs du droit au logement, les ménages modestes, les lanceurs d’alerte ? Personne. Qui s’opposera au pouvoir absolu de la finance et des lobbies ? Personne. Qui entrera dans la lutte contre les projets fous du nucléaire, de la montagne d’or guyanaise, des industries pétrolières ? Personne. Qui défendra bec et ongles l’universalité de la loi face au contrat ? Personne. Qui s’opposera au détricotage de l’état et des services publics ? Personne.

Le combat qui a été ouvert contre nous par le pouvoir macroniste et ses sbires médiatiques subventionnés est un combat à mort contre le dernier rempart politique du peuple. Populistes ? oui, nous sommes populistes, si c’est l’autre nom des démocrates.

L’exemple brésilien doit être dans toute les têtes : un coup d’état judiciaire démet Dilma Roussef en 2016 pour une histoire pour le moins controversée de comptes de campagne. Le tribunal suprême annule une condamnation de Michel Tremer, du centre droit, lui permettant de prendre le pouvoir en cassant la coalition avec le PT. Le programme du successeur de Roussef est le suivant : réduction des dépenses et austérité (grâce notamment à une révision constitutionnelle), coupes budgétaires dans les domaines de l’éducation et de la santé, augmentation des heures de travail, recul de l’âge de départ à la retraite, privatisation de quatre aéroports du pays ainsi que des installations électriques, pétrolières et agricoles, suppression des « pharmacies populaires » créées en 2004 sous la présidence de Lula, annulation de lois sur la lutte contre la déforestation et sur la protection des territoires des indigènes, vague de privatisations d’entreprises publiques. Cela nous rappelle à tous quelque chose. Lula apparaît comme le recours du peuple, il est donné gagnant dans tous les sondages. Il est dès lors mis en prison sans aucun motif, par un procureur qui deviendra ministre de la justice de Jair Bolsonaro.

Ici en France, que chacun ait bien en tête cette question au moment de choisir un bulletin de vote : qui d’autre pour nous défendre, qui portons-nous au pouvoir si, hurlant avec les loups, nous cessons de soutenir la France insoumise ?

 

 

 

 

2 Comments

  1. Nous nous avons compris depuis longtemps ce qui se passe,mais il y a malheureusement trop inconscient dans ce pays qui ne comprennent pas ou on va! (même chez les petites gens ) Nous on ne lâche pas.RESISTANCE!

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